Roman · 2026

Journal d'un immigré au pays du Kafîl

Des embruns d'Essaouira aux chaînes de la Kafala —
l'histoire d'une génération perdue entre rêve et brisure.

par Abdallah Abardazzou
2026 Nouveau
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Essaouira · Maroc / Pays du Kafîl · Golfe
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01 Préface de l'auteur

Un mot venu du cœur de l'expérience

Ce roman incarne les traits d'une époque charnière de l'histoire de l'émigration vers le Golfe, en particulier entre les années 1970 et 1990, dans un style qui mêle la narration vivante au témoignage intime, avec toute la chaleur et la sincérité de l'expérience vécue.

Il ouvre ainsi une fenêtre sur la conscience de milliers d'immigrés qui ont poursuivi leur pain quotidien sur une terre qui ne les accueillait pas, sous un ciel qui ne pleuvait que de la patience. Ces journaux ne sont pas le simple récit d'un individu : ils sont l'espace d'une génération tout entière, qui a porté ses rêves dans une valise et s'est perdue entre les aéroports, les bureaux du Kafîl, et les nostalgies d'autrefois.

C'est aussi un témoignage vivant sur une époque qui a fait avorter tant de rêves et tant d'identités. Cette œuvre n'est pas qu'un récit narratif — c'est une fresque humaine où s'entrelacent les fils de la famille, les questions de l'identité, de la dignité, et la lutte quotidienne entre le rêve et la réalité.

L'émigration vers le Golfe, à cette époque, ne fut pas un simple déplacement pour le travail : ce fut un phénomène complexe, façonné par des forces économiques, politiques et sociales. Tandis que les pays d'Afrique du Nord subissaient le chômage et la rareté des opportunités, le Golfe vivait une expansion pétrolière et un essor urbain, important la main-d'œuvre comme on importe les matières premières, sans reconnaître l'homme comme une valeur en soi.

Le roman éclaire la philosophie de l'exil — non comme un simple déplacement spatial, mais comme une mutation intérieure qui déchire l'homme entre ce qu'il était et ce qu'on attend de lui. Il révèle, avec une langue à la fois calme et pénétrante, comment la notion d'« émigré » fut remplacée par celle de « mafqoul » — le « cautionné » — et comment l'âme humaine glissa d'une quête légitime de dignité vers une soumission brutale à la logique du marché et aux contraintes du système.

Abdallah Abardazzou
02 Le roman

Que se passe-t-il lorsque le rêve devient
une salle d'attente pour un train qui ne vient pas ?

Dans son roman saisissant « Journal d'un immigré au pays du Kafîl », l'écrivain Abdallah Abardazzou plonge dans l'indicible, et dissèque avec une audace littéraire rare la réalité de l'exil dans le Golfe entre les années 1970 et 1990.

Le roman n'est pas un simple récit d'événements, mais une épopée intime suivant les pas de Yahya, fuyant l'étreinte de la pauvreté, et de Mohammed, en quête d'une vérité intellectuelle. Tous deux se heurtent à un système qui transforme l'homme en cautionné, dépossédé de sa volonté.

C'est l'histoire des arbres arrachés à leur terre natale, abreuvés de l'eau amère de l'argent dans des sables sans pitié — et un cri lancé contre tout système qui dérobe à l'homme ce qu'il a de plus précieux : sa dignité.

03 Personnages

Visages derrière les barreaux —
âmes au vent

Ce ne sont pas de simples noms qui passent, mais des miroirs où se reflètent nos brisures, nos rêves, et la force de notre résistance. Chaque personnage porte ici une histoire taillée dans la chair du réel.

i Les héros — entre la pioche et la plume
La voix du réel

Yahya

Venu du silence des villages d'Essaouira pour affronter le vacarme de l'exil. Il est l'arbre qui tente de pousser ses racines dans le sable. Il incarne la patience belle et la fidélité qui ne se brise jamais.

Réussira-t-il à sauver ses rêves sans perdre son âme ?

L'orgueil de l'intellectuel

Mohammed

Il n'est pas parti chercher l'argent, mais poursuivre la vérité. Les livres ont habité son cœur, la révolte son esprit. Quand le Kafîl tenta de briser sa plume et de le transformer en jardinier, il déclencha un conflit existentiel.

Entre l'écrasement de la dignité et la volonté d'affranchissement.

ii Les sages du chemin
Mémoire du clou de girofle

Oncle Idriss

Cinquante ans d'exil n'ont fait que blanchir ses cheveux et purifier son cœur. Le père spirituel qui connaît les secrets du pays du Kafîl comme il connaît le parfum de sa terre natale, le Soudan.

Sagesse des prisons

Le maître indonésien

Le docteur en physique devenu prisonnier oublié. Il nous enseigne, au cœur du centre de rétention, que les prisons les plus dures ne sont pas celles qui enserrent les corps, mais celles qui habitent les esprits.

iii Les victimes du mirage — récits parallèles
Reine de beauté captive

Leïla

Des lumières de Cambridge et de Paris à une villa isolée dans le désert. Elle a cru aux promesses de l'amour ; elle a récolté un mariage secret et un enfant qu'on lui arrache.

Ambition confisquée

Ahmed le Tunisien

L'homme d'affaires qui a tout vendu pour acheter une part de société, et s'est acheté une expulsion menottée. Au pays du Kafîl, la fortune devient un aller sans retour.

L'oiseau blessé

Zohra

L'hôtesse de l'air qui voulait s'envoler, et s'est retrouvée dans une cage verrouillée. La résistance d'une femme qui a brisé le verre de la tyrannie pour rebâtir sa vie sur les décombres de la douleur.

iv Les gardiens du système et les marchands d'espoir
Le pouvoir absolu

Cheikh Hamdan

Le Kafîl qui conjugue la puissance de l'argent et la duplicité des sentiments. Il incarne le système qui possède le temps et l'espace, et décide du sort des hommes d'un trait de plume.

Le passeur chevaleresque

Mouslim al-Mutairi

L'homme des frontières qui vend la liberté dans des citernes mortelles. Derrière ses traits durs, se cache un être qui choisit, à un instant décisif, le camp de la dignité des fugitifs.

L'ange rebelle

L'infirmière Leïla

Elle a tout risqué pour faire sortir Mohammed de la salle de réanimation et le mener vers la lumière. Elle incarne le visage humain qui se révèle dans les heures les plus sombres.

v Le cri de la vérité
Un prophète en habits d'aliéné

Le Fou

Celui qui a osé dire ce que les sages craignaient de prononcer. Son cri sur le parvis de la mosquée demeure la cloche qui réveille les consciences à chaque chapitre :

« Des hommes ? Des hommes ? Par Dieu, vous n'êtes pas des hommes ! »
04 Extraits du roman

Éclats du texte

Cinq passages qui éclairent l'âme du roman, comme autant de petites fenêtres ouvertes sur un monde de mémoire.

I
Crépuscule d'Essaouira
Le soleil couchant fondait derrière l'île d'Essaouira comme un morceau de feu rouge s'éteignant dans la poitrine de la mer. Le ciel tournait à la couleur du sang vif, comme une plaie ouverte saignant lentement à l'horizon lointain.

Dans l'autocar délabré qui laissait la ville derrière lui, Yahya s'était collé à la vitre, fixant la dernière image de sa cité comme s'il voulait l'emprisonner dans ses yeux avant qu'elle ne disparaisse à jamais.
II
Les arbres arrachés
Nous sommes ici comme les arbres déplacés de leur terre : on peut nous abreuver d'argent, mais jamais nous n'enfoncerons de racines.

Nous vivons dans une grande salle d'attente, et le train que nous attendons passera peut-être pendant que nous dormons d'épuisement. Le jour où j'ai remis mon passeport entre les mains du Kafîl, j'ai senti que je lui livrais les clés de toute mon existence.
III
Le cri de la dignité
Des hommes ? Des hommes ? Par Dieu, vous n'êtes pas des hommes ! Vos prières sont façade, et votre foi est mécréance ! Vous prétendez à la miséricorde, et vos cœurs sont de pierre !

Vous, la meilleure des nations ? Non, par Dieu, vous êtes la plus avilie des nations. Vos puissants sont des voleurs, et vos petits sont des oppresseurs.
IV
Soixante-dix ans
La vie, dans le meilleur des cas, ne dépasse pas soixante-dix ans. Soixante-dix ans ! Réfléchis-y bien… qu'avons-nous le temps d'y accomplir ? Et que faire si elle s'achevait soudain ?

Les sots sont ceux qui laissent la brume du lendemain voiler le soleil d'aujourd'hui.
V
La larme véridique
Les larmes sont la seule vérité qu'on ne peut falsifier. Tu peux falsifier tes papiers, tes diplômes, et même ton sourire — mais tu ne peux pas falsifier tes larmes.

Elles sont l'aveu silencieux que tu es blessé, écrasé, et humilié.
05 Cartographie du roman

Chapitres d'une vie errante

Ce n'est pas un simple sommaire — c'est le tracé d'une âme dépouillée de son identité pour devenir un numéro dans les registres de l'invisible. Entre les couvertures de ce voyage, nous suivons les pas de Yahya et de Mohammed, deux jeunes hommes que les vents de l'ambition ont portés des embruns atlantiques d'Essaouira jusqu'à une « grande salle d'attente » sans fin.

Première partie

Des rives de l'Atlantique aux mirages du désert

  1. 01Adieu Essaouira — un crépuscule saigne derrière l'île
  2. 02Casablanca — la grande salle d'attente
  3. 03Dans le ventre de l'avion — rêves suspendus entre ciel et terre
  4. 04Le premier choc — l'aéroport du Kafîl, et l'effacement des noms
Deuxième partie

Prisons sans barreaux — journal de l'entrave

  1. 05Le passeport — les clés de l'existence aux mains de l'étranger
  2. 06Yahya et Mohammed — la lutte du pain et celle de l'esprit
  3. 07Le système de la Kafala — philosophie d'un esclavage déguisé
  4. 08Un cri dans le mihrab — la prophétie du fou et la mise à nu de l'hypocrisie
Troisième partie

L'effondrement et la mutation

  1. 09La maladie — quand le corps devient une charge administrative
  2. 10De la plume à la pioche — l'écrasement de la dignité dans le jardin
  3. 11Le complot du salut — sagesse soudanaise et ruse des passeurs
Quatrième partie

La voie escarpée vers la lumière

  1. 12Derrière le voile — une évasion en habits de femmes
  2. 13Chez « Mouslim » — des sables qui gardent les secrets
  3. 14Franchir la frontière — danser au bord de la mort
  4. 15Sanaa — la dernière halte du souffle
Cinquième partie

L'aube lointaine

  1. 16Paris — un étranger dans la ville lumière
  2. Épilogue — Le retour à soi : les arbres se délivrent-ils un jour de la mémoire de leur terre ?
06 Échantillon du roman

Lire le premier chapitre

L'ouverture complète du roman — pour vivre le premier pas du voyage de Yahya et de Mohammed.

Chapitre I

Deux jeunes hommes au vent

Des embruns d'Essaouira aux brasiers de la Kafala

Dans les années 1970, parmi une génération qui s'était révoltée contre les chaînes et avait épousé la liberté, sortirent Yahya et Mohammed : deux jeunes Marocains issus de mondes opposés, qui se rencontrèrent sur une terre lointaine, dans un pays qui ne connaît ni le sens de la liberté ni la dignité de l'homme.

Yahya, fils d'un village reculé du Sud, rêvait de travailler pour sauver sa famille des griffes de la pauvreté. Mohammed, lui, fils d'une famille aisée de Marrakech, intellectuel parti en quête des racines de l'extrémisme religieux sous le couvert d'un contrat de travail officiel. Le destin voulut qu'un même voyage les unisse, pour qu'ils se heurtent au mur du réel et à un système qui transforme l'étranger en serviteur docile dans un désert sans ombre.

1

L'adieu — d'Essaouira, le voyage commença

Le soleil couchant fondait derrière l'île d'Essaouira comme un morceau de feu rouge s'éteignant dans la poitrine de la mer. Le ciel tournait à la couleur du sang vif, comme une plaie ouverte saignant lentement à l'horizon lointain. Dans l'autocar délabré, Yahya fixait la dernière image de sa ville comme s'il voulait l'emprisonner dans ses yeux avant qu'elle ne disparaisse à jamais.

Il soupira et se dit en lui-même : « Adieu ma ville… peut-être reviendrai-je, peut-être partirai-je sans retour. » L'autocar tanguait comme une vieille femme épuisée. Sur les visages, les traits d'une longue attente : un jeune homme rêvant de travail, une jeune fille serrant une valise neuve, un homme faisant ses adieux à toute une vie.

2

Casablanca — la villa « California » et son faste

Au matin du mercredi, la délégation de voyageurs se rassembla devant une élégante villa dans le quartier « California » de Casablanca. Le lieu débordait d'opulence, ne leur ressemblait en rien — comme s'ils étaient descendus sur une autre planète. Là, Yahya aperçut un groupe de jeunes filles à peine fleuries, expédiées comme « femmes de ménage » ; il sentit ces mots comme une gifle du destin, à laquelle on ne peut échapper.

Ils montèrent dans le bus de l'aéroport, où l'assistant collectait les passeports à la hâte, les traitant comme des papiers n'appartenant à aucun humain.

3

Le premier choc — l'aéroport de la Péninsule

Après six heures de ciel, le commandant annonça : « La température extérieure est de quarante-deux degrés. » Yahya ferma les yeux ; il sentit que ce voyage n'était pas un simple déplacement, mais le début d'un long procès de ses rêves : tiendraient-ils, ou se dissoudraient-ils comme s'étaient dissous les fils du crépuscule dans le ciel d'Essaouira ?

À la porte de sortie, le vent brûlant du désert gifla Yahya ; un agent de sécurité du Golfe s'avança et collecta les passeports des voyageurs avec une aisance déconcertante, comme si la chose allait de soi. Yahya se retrouva soudain prisonnier — d'une prison qu'il avait lui-même choisie.

4

L'Hôtel du Yéménite — « Nous sommes les esclaves du Kafîl »

La voiture s'arrêta devant un bâtiment brun défraîchi : « l'Hôtel du Yéménite ». L'hôtel était une prison sans barreaux ; deux semaines que Yahya et Mohammed passèrent en résidence forcée, leurs passeports retenus par la direction.

Un vieil employé indien remarqua leur état, et dit avec un sourire triste : « Mes enfants, je connais bien ce pays. Ici, il n'y a ni liberté ni rêves — ici, c'est une grande prison. Quand le tampon d'entrée se pose sur ton passeport, c'est comme un verdict judiciaire qui te désigne propriété du Kafîl jusqu'à nouvel ordre. »

Mohammed s'écria, stupéfait, qu'il y avait pourtant des lois. L'Indien rit avec amertume : « Quelles lois ? Il y a des lois à plusieurs étages : les étrangers des grandes puissances vivent en hommes libres, mais nous… nous sommes les esclaves du Kafîl. »

Mohammed se prit la tête dans les mains, les yeux perdus entre la certitude et le déni, tandis que Yahya tentait de s'accrocher à un fil ténu d'espoir, avant que l'enfer du réel ne les engloutît.

Fin du premier chapitre

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07 Valeur littéraire

Pourquoi lire
ce roman ?

01

Un témoignage humain

Une documentation littéraire rare sur le système de la Kafala, à une époque charnière de l'histoire de la région.

02

Le choc des idées

Une confrontation profonde entre l'ambition matérielle et la quête intellectuelle, entre le besoin et la liberté.

03

Une langue poétique

Une narration qui mêle la dureté du réel à la douceur du verbe — une prose qui porte l'âme du poème.

04

Une cause universelle

L'histoire de tout être qui s'est un jour senti provisoire quelque part, ou étranger dans une patrie qui n'est pas la sienne.

L'auteur Abdallah Abardazzou
08 L'auteur

Abdallah Abardazzou

Écrivain et poète marocain · écrit en amazighe et en arabe

Né dans le sud du Maroc, Abdallah Abardazzou porte dans ses textes la mémoire de la terre amazighe et les grandes questions de l'exil. Son écriture circule entre la poésie et le roman, entre l'arabe classique et la langue des ancêtres, portant la voix de ceux qu'on n'entend pas.

Il a publié plusieurs ouvrages en amazighe et en arabe ; ce roman est son témoignage littéraire le plus audacieux, sur une génération entière d'émigrés.

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